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ODD : sortir du SDG washing et en faire un outil de pilotage

Connaître les 17 Objectifs de Développement Durable est une chose. Savoir à quel ODD contribue concrètement son entreprise en est une autre, au-delà des pictogrammes affichés en fin de rapport. Voici une autre manière de les utiliser.

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Illustration Ascend, badge "Réglementation et référentiels" — ODD : de la communication au pilotage stratégique

Sommaire

Les ODD , c'est quoi ?

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) désignent les 17 objectifs adoptés par l'ensemble des États membres des Nations Unies en 2015, avec un horizon fixé à 2030. Ils couvrent des enjeux environnementaux (climat, biodiversité, eau), sociaux (santé, éducation, égalité des genres) et économiques (travail décent, innovation, réduction des inégalités).

Contrairement aux ESRS de la CSRD, propres à chaque entreprise, les ODD décrivent des priorités mondiales, que chaque organisation peut choisir de rattacher à sa propre stratégie de durabilité et à son plan d'action ESG.

Les ODD, un cadre volontaire, pas une obligation CSRD

Les ODD forment un cadre de référence volontaire, sans obligation réglementaire de reporting, largement utilisé pour communiquer une stratégie de durabilité auprès des investisseurs, des clients et des équipes. Le GRI (Global Reporting Initiative), autre référentiel de reporting RSE largement utilisé, publie lui-même une correspondance officielle entre ses indicateurs et les ODD ("Linking the SDGs and the GRI Standards"), ce qui montre bien que les entreprises n'ont pas à choisir entre reporting CSRD, ESG et ODD : ces cadres peuvent se compléter.

Cette absence de contrainte réglementaire explique en partie l'usage actuel des ODD.

Beaucoup d'entreprises citent trois ou quatre ODD jugés pertinents, généralement en clôture de leur rapport de durabilité, sans que ce choix découle d'une analyse structurée ni d'un lien explicite avec leurs enjeux matériels.

Pourquoi les ODD restent souvent un exercice de communication

Ce phénomène a un nom dans la littérature ESG : le "SDG washing", l'affichage d'objectifs de développement durable sans preuve de contribution réelle. Selon le Survey of Sustainability Reporting 2024 de KPMG, mené sur 5800 entreprises dans 58 pays, 74% des grandes entreprises font référence aux ODD dans leur reporting de durabilité.

Mais seulement 12% adoptent une approche équilibrée, c'est-à-dire qu'elles communiquent leurs impacts négatifs aussi bien que positifs sur les ODD, contre 10% en 2022.

La grande majorité des entreprises qui citent des ODD n'en présentent donc que la contribution positive.

Cette asymétrie masque une réalité : une même activité peut contribuer positivement à un ODD et négativement à un autre. Créer des emplois sert l'ODD 8 (travail décent), tout en pouvant peser sur l'ODD 13 (climat) selon le secteur. Ignorer cette tension revient à occulter la moitié du sujet.

Un ODD affiché sans lien avec un enjeu, une cible ou une action reste une déclaration d'intention. Il ne permet pas de vérifier si l'entreprise progresse vers cet objectif, ni de justifier le choix de cet ODD plutôt qu'un autre. Cette déconnexion entre l'affichage des ODD et le pilotage RSE opérationnel limite leur utilité au-delà de la communication.

Le SDG Compass, développé en 2015 par le GRI, le UN Global Compact et le WBCSD, propose depuis longtemps une méthode en cinq étapes pour prioriser ses ODD à partir de sa matérialité :

  1. Comprendre les ODD,
  2. Définir ses priorités,
  3. Fixer des objectifs,
  4. Intégrer la démarche dans la stratégie,
  5. Reporter.

La méthode existe. Beaucoup d'entreprises manquent surtout d'un outil pour la mettre en œuvre et la maintenir dans le temps, à mesure que leurs enjeux, leurs cibles et leurs actions évoluent.

Relier les ODD à la stratégie, pas seulement au reporting

Dans Harnest, outil de pilotage ESG, les Objectifs de Développement Durable se rattachent directement aux Axes stratégiques et aux Enjeux de durabilité : chaque Axe stratégique peut être associé à un ou plusieurs ODD, tout comme chaque Enjeu identifié par l'entreprise.

Cette association prend son sens grâce à la section Alignement stratégique, qui relie un Axe (et ses Initiatives) aux Actions, Indicateurs, Cibles et Enjeux qui s'y rattachent. Un ODD hérite ainsi du réseau de relations construit autour de l'Axe stratégique ou de l'Enjeu auquel il est associé, plutôt que de rester une étiquette autonome.

Ce que ça change pour les professionnels de l'ESG et de la RSE

Pour une entreprise, cela signifie pouvoir identifier, pour un Enjeu ou un Axe stratégique donné, les ODD concernés, puis retrouver les Actions engagées et les Indicateurs qui mesurent leur avancement. La contribution à un ODD devient traçable : elle s'appuie sur des actions ESG suivies et des données mesurées, plutôt que sur une déclaration ponctuelle.

Cette approche change aussi la manière de choisir ses ODD prioritaires. Un ODD associé à plusieurs Enjeux matériels et à des Actions déjà engagées représente une priorité mieux étayée qu'un choix fondé sur une préférence de communication.

Prenons un exemple. Une entreprise identifie la formation professionnelle comme un Enjeu matériel, le rattache à l'ODD 4 (éducation de qualité) et à l'ODD 8 (travail décent), puis engage une Action de déploiement d'un programme de formation interne, suivie par un Indicateur de nombre d'heures de formation par salarié. Dans Harnest, ce parcours complet, de l'Enjeu à l'Indicateur, reste visible et daté.

L'entreprise peut alors démontrer sa contribution à l'ODD 4 avec une preuve, pas seulement une intention.