Un patrimoine de données à construire, gage de robustesse de l’entreprise.
Vingt ans ont suffi pour transformer la donnée financière en patrimoine gouverné. Les données extra-financières suivent aujourd'hui le même chemin, avec vingt ans de retard à rattraper.
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Cet été, je publie, avec mes deux associés (Fabien Hérelle et Sabine Lochmann), la thèse qui explique pourquoi nous avons construit Harnest, le premier ERP des données extra-financières. Ce premier article pose la conviction de départ. Fabien reviendra ensuite sur le diagnostic de terrain qui l'a confirmée, puis Sabine sur l'architecture que nous en avons tirée.
Vingt ans à fiabiliser un seul patrimoine : les données financières
Pendant plus de vingt ans, depuis mon MBA à Dauphine-UQAM, j'ai accompagné des entreprises dans leurs choix stratégiques et mené des projets de transformation : le déploiement du trading de dérivés de la bourse allemande aux bourses de Shanghai et Shenzhen, la création d'une activité de négoce et de compensation de dérivés entre BNP Paribas CIB et le métier titres (aujourd'hui leader européen), l'ouverture d'un hub post-trade à Chennai pour BP2S, le plan stratégique CIB 2014 et son modèle Originate-to-Distribute à l'américaine, ou encore l'introduction du cloud public chez BNP Paribas avec Manaos en 2019.
Ce que ces projets ont en commun, ce n'est pas leur secteur, mais leur matière première : des chiffres fiables.
Aucun n'aurait été possible sans une information financière gouvernée (coûts, marges, trésorerie, rentabilité des investissements). Cette exigence a mis vingt ans à se forger. Elle a façonné les organisations, standardisé les processus et harmonisé les référentiels.
Les ERP en ont été le langage commun, au point qu'aucune entreprise sérieuse ne pilote plus sa performance à coups de tableurs dispersés.
Un second patrimoine, encore traité comme une corvée
Une autre catégorie d'informations a pris, en parallèle, une importance croissante chez les entreprises : la chaîne de valeur, les dépendances, les risques, les engagements, les émissions, la gouvernance, la capacité d'adaptation.
Ces données pèsent désormais dans les décisions d'investissement, de financement, d'assurance, dans les relations commerciales et les arbitrages stratégiques.
Et pourtant, elles restent organisées comme des réponses à produire plutôt que comme un patrimoine de données à construire. La CSRD, le VSME, les référentiels ISSB ou GRI ont rendu ce constat visible et pressant, mais ils n'en sont pas la cause. Ils n'ont fait qu'éclairer un retard structurel déjà existant.
Ce que nous croyons
Notre conviction est que les entreprises entrent dans une nouvelle étape de leur développement. Après avoir appris à gouverner leur patrimoine financier, elles doivent apprendre à gouverner ce second patrimoine : celui qui décrit leur fonctionnement, leurs trajectoires, leurs dépendances, leurs engagements et leur capacité à créer de la valeur dans la durée.
Nous l'appelons le patrimoine décisionnel extra-financier.
Et nous sommes convaincus qu'il peut être rendu visible, compris et piloté avec la même exigence que la performance financière ; pas comme un exercice de conformité, mais comme un actif stratégique.
C'est tout l'enjeu d'un ERP : pas produire un rapport, mais gouverner un patrimoine de données dans la durée.
C'est ce diagnostic que Fabien va détailler dans le prochain article.
