CDP 2026 : un questionnaire qui grandit. C'est une bonne nouvelle, mais...
CDP ajoute un thème océans, élargit son périmètre forêts et ouvre le score A aux PME. Derrière ces évolutions, une question plus large : celle de la capacité des entreprises à suivre, chaque année, un questionnaire qui ne cesse de mûrir.
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Les PAI promettaient un langage commun pour mesurer l’impact des investissements.
Cinq ans après, chaque acteur parle encore le sien, et tout le monde a techniquement raison, un constat que je faisais déjà sur les PAI SFDR le mois dernier. On pourrait dire quelque chose d'analogue sur CDP.
A chaque cycle, le questionnaire s’étoffe, se précise, s’aligne sur de nouveaux référentiels. Et c’est réellement une bonne nouvelle. Mais à force de grandir, CDP pose aux entreprises une question opérationnelle : comment suivre ce rythme sans en faire un exercice de rattrapage annuel ?
Sophie a détaillé dans son bilan du cycle CDP 2025 comment CDP s'impose comme infrastructure mondiale de données environnementales. Je me concentre ici sur ce que le cycle 2026 change concrètement pour qui doit remplir le questionnaire cette année.
CDP en 2026 : une maturité qui se confirme
Depuis sa création, CDP a suivi une trajectoire cohérente : partir d’un questionnaire centré sur le climat pour devenir un système de disclosure environnemental complet, couvrant aujourd’hui le climat, l’eau et les forêts. En 2026, un quatrième thème fait son entrée : les océans.
Cette extension reflète une prise de conscience croissante que les risques environnementaux sont systémiques et interdependants.
Pour 2026, les nouveaux indicateurs liés aux océans ne sont pas encore scorés. CDP laisse aux entreprises le temps de s’y familiariser avant de les intégrer dans la notation. C’est une approche pédagogique qui mérite d’être soulignée.
Ce sujet nous parle directement : Ascend est mécène de Surfrider Foundation Europe, qui œuvre pour la protection des océans, et nous suivrons avec attention l'évolution de ce nouveau module dans les prochains cycles.
Dans le même esprit, le questionnaire Forêts voit son périmètre s’élargir significativement : le cacao, le café et le caoutchouc rejoignent les matières premières scorées (aux côtés du bétail, de l’huile de palme, du soja et du bois).
Cinq ans après leur introduction dans le questionnaire, ces commodités entrent dans la notation, signe que CDP considère que les entreprises ont eu le temps de structurer leurs données sur le sujet.
Côté scoring, une évolution notable : les PME peuvent désormais accéder au score A pour le questionnaire Climat, ce qui était impossible jusqu’en 2025 où le score maximum disponible pour elles était B. C’est un signal fort. CDP ne veut plus être perçu comme un outil réservé aux grands groupes.
L’alignement CSRD : une promesse qui se concrétise
L’évolution la plus structurante de ces deux dernières années ne concerne pas le questionnaire lui-même, mais ce qui se passe autour : le rapprochement entre CDP et l’écosystème réglementaire européen.
En mars 2025, CDP et EFRAG ont publié un guide de correspondance officiel entre le questionnaire CDP et la norme ESRS E1 (Climat). Environ 75 % des exigences de divulgation d’ESRS E1 s’alignent avec CDP.
Une entreprise qui répond rigoureusement au questionnaire CDP Climat dispose déjà d’une base solide pour ses obligations CSRD sur le volet climatique.
CDP travaille par ailleurs à une mise à jour de ce mapping pour le questionnaire 2026, et s’est engagé à publier de nouvelles correspondances dès l’adoption formelle des ESRS révisés post-Omnibus. L’objectif de la démarche est de réduire la charge déclarative.
Pour les professionnels de la finance durable qui accompagnent leurs clients ou leurs portefeuilles dans ces démarches, c’est une convergence à intégrer dès maintenant dans les conseils opérationnels. Répondre à CDP n’est plus un exercice parallèle à la CSRD. C’est, en grande partie, en préparer le terrain.
Ce que le questionnaire 2026 exige
Derrière la stabilité apparente du questionnaire 2026 se cachent des évolutions de scoring qui méritent attention. CDP lui-même indique que les changements sont limités et que les réponses 2025 restent une base solide, mais la grille d’évaluation a bougé sur des points précis.
Les modules sur les risques physiques (modules 4 et 5) attendent désormais un traitement explicite de la résilience et de l’adaptation : comment l’organisation se prépare concrètement aux chocs climatiques, qu’il s’agisse d’événements météorologiques extrêmes, de pénuries de ressources ou de perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Ce n’est plus une question de stratégie narrative.
CDP demande des données financières concrètes et comparables. Les réponses purement qualitatives, qui pouvaient suffire en 2025, sont désormais pénalisées.
De la même manière, la vérification des émissions se durcit : les scopes 1, 2 et au moins un scope 3 doivent maintenant entrer dans le périmètre d’assurance. Ce n’est pas un changement anodin pour les entreprises qui n’avaient jusqu’ici couvert que leurs émissions directes.
C’est l’un des pièges classiques de CDP : le texte des questions peut sembler inchangé d’une année sur l’autre, mais la grille d’évaluation, elle, évolue en continu. La différence entre un B et un A se joue souvent dans ces subtilités de scoring que seule une lecture attentive de la méthodologie révèle.
Suivre le rythme
CDP grandit. C’est positif : cela signifie que le référentiel s’adapte à la complexité réelle des enjeux environnementaux, qu’il intègre les nouvelles priorités (nature, océans, adaptation), et qu’il converge avec les grands cadres réglementaires.
Mais cette maturité a un coût opérationnel. Chaque cycle apporte de nouveaux indicateurs, de nouvelles exigences de vérification, de nouveaux périmètres.
Chez Ascend, c'est une partie de mon travail : m'assurer que les référentiels intégrés dans Harnest sont à jour, et que les liens entre les points de données des différents référentiels (CDP, ESRS, GRI...) restent cohérents d'un cycle à l'autre.
Quand CDP ajoute un module, ce n'est pas seulement une ligne de plus dans un questionnaire : c'est une correspondance à revérifier avec tout ce qui existe déjà ailleurs.
C'est un travail de fond, souvent invisible, mais je suis fier de faire en sorte que les entreprises qui utilisent Harnest n'aient pas à le refaire elles-mêmes chaque année.
Elles n'ont pas à se demander si leur référentiel est à jour : les informations à fournir sont guidées, la piste d'audit permet de savoir où on en est, l'historisation permet de voir sa trajectoire.
Et si elles reportent sur plusieurs référentiels, elles n'ont pas à chercher la même information deux fois.
