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Durabilité

Si l’ESG est mort… vive l’ESG !

Après des années de croissance, l’ESG traverse une crise de légitimité. Retraits d’engagements, critiques politiques, abandon de labels : les signaux de reflux s’accumulent. Mais le vrai problème est ailleurs : l’ESG a été réduit à un exercice de reporting, alors qu’il devrait servir à piloter les risques systémiques et renforcer la robustesse des entreprises.

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Sommaire

Après une décennie d’ascension, l’ESG traverse sa plus sérieuse crise de légitimité.

Retraits discrets d’engagements, critiques politiques, abandon de labels : les signaux de reflux se multiplient.

Mais derrière cette défiance, un constat : l’ESG a été trop souvent réduit à un exercice de reporting, oubliant sa raison d’être : piloter les risques systémiques et renforcer la résilience des entreprises.

Alors que le consensus institutionnel se fissure, l’heure est à un sursaut culturel : remettre la durabilité au cœur des décisions, des plans d’action et des business models.

C’est à cette condition qu’elle redeviendra un levier stratégique.

Un géant aux pieds d’argile

Depuis les années 1990, l’ESG s’est imposé comme cadre d’analyse. Intégré aux reportings, à la gouvernance, aux notations extra-financières, il a fédéré régulateurs, investisseurs et dirigeants.

Mais entre tensions géopolitiques, crise énergétique, et montée du scepticisme, le doute s’installe.

En cause ? L’écart entre technicité croissante et préoccupations citoyennes concrètes (emploi, pouvoir d’achat, sécurité économique). Comme le note @Ioannis Ioannou (LBS), le récit ESG a échoué à toucher la société. Il a été rapidement remplacé par un contre-récit simpliste, mais puissant : celui d’un ESG élitiste, woke, liberticide.

Les professionnels cassent leur jouet préféré

Depuis l’ère Trump, beaucoup d’acteurs (entreprises, banques, investisseurs) ont rétrogradé sur l’ESG : disparition dans les rapports annuels, abandon du Net Zero…

Aux États-Unis, le virage est surtout culturel et politique.

En Europe, la critique cible la sur-réglementation. Le rapport Draghi a sonné l’alarme sur le “Green Deal overload”, aussitôt suivi par une promesse de simplification. Ironie : ces mesures prendront… la forme de nouvelles directives.

Les critiques se concentrent sur deux textes majeurs :

  • La CSRD, qualifiée de “délire bureaucratique” : on oublie qu’un reporting fiable demande du temps. La mise en œuvre des normes IFRS n’a pas suscité autant de protestations — alors qu’elle était plus complexe.
  • La CS3D, décriée comme un désavantage compétitif… alors qu’elle visait précisément à équilibrer les règles du jeu face aux entreprises extra-européennes.

Dans les deux cas, l’exigence de lucidité sur les impacts et risques ESG oblige à revoir le modèle d’affaires. C’est cette exigence — pas la complexité technique — qui a dérangé.

L’ESG, créateur de valeur : mythe ou réalité ?

McKinsey (2024) a chiffré la valeur économique de la durabilité : Jusqu’à 18 % de l’EBITDA en jeu dans certains secteurs, entre réduction de risques et création d’opportunités.

Mais trop d’entreprises continuent de percevoir l’ESG comme :

  • un reporting à produire ; 
  • ou une version élargie de la RSE centrée carbone.

La vraie valeur de l’ESG, c’est d’aider les dirigeants à anticiper les transformations systémiques, renforcer leur agilité stratégique, et préserver leur droit d’opérer.

Dans un monde sous contrainte énergétique, écologique et sociale, la durabilité devient une compétence clé, au même titre que les achats ou la finance.

Elle demande de l’expertise, des investissements, du pilotage. Mais elle crée, à moyen terme, un avantage concurrentiel.

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