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Ecosystèmes

Le futur de l’ESG : fin de la hype, retour à la réalité

L’ère des grands discours ESG touche à sa fin. Ce qui commence, c’est celle du pilotage : des données fiables, des référentiels connectés et des décisions ancrées dans le réel. La durabilité ne se raconte plus, elle se mesure.

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Sommaire

Depuis cinq ans, l’ESG a tout envahi : rapports, labels, notations, classements, green bonds, fonds durables, acronymes en cascade.

Mais comme souvent avec les mouvements à succès, la vague retombe.

Et c’est tant mieux, pour séparer le bon grain de l’ivraie.

Car au-delà du soufflé retombé, une conviction s’impose : la durabilité est une nouvelle compétence stratégique que l’entreprise doit apprendre à maîtriser.

De même qu’on est passé d’une “direction du personnel” à une “gestion des ressources humaines” dans les années 2000, on passera d’une “direction RSE” à un véritable pilotage de la durabilité, certainement par le CFO.

Mais avant d’en arriver là, faisons un petit bilan du chemin parcouru.

La fin d’un cycle : de la croyance à la mesure

L’ESG a commencé comme une promesse : concilier gestion des risques extra-financiers et impact positif. Autrement dit, pour les adeptes du Discounted Cash Flow, apprendre à calculer sérieusement la valeur terminale à l’infini, dans un monde fini.

Mais le flou des méthodologies, la prolifération des agences de notation et la pauvreté des données ESG au niveau des entreprises ont brouillé le message et érodé la confiance.

Résultat : un sujet politisé, souvent décrédibilisé.

Aujourd’hui, certains veulent en sortir ou le simplifier à l’extrême. D’autres, nos clients, par exemple, réclament au contraire des données vérifiables, comparables et actionnables. L’ESG sort du marketing pour entrer dans le monde du Chiffre (comptabilité et finance).

CSRD et VSME : un tournant silencieux

Je le répète depuis des années : les directives CSRD, CS3D et le futur format VSME ne sont pas de simples moyens de reporting. Ce sont les premiers cadres comptables extra-financiers à l’échelle européenne, fondés sur une approche rigoureuse, en simple ou double matérialité.

Malgré le recul doctrinal du Pacte Vert et la restriction aux grandes entreprises (jusqu’à l’adoption d’Omnibus), leur effet sera systémique :

  • les PME devront s’y aligner via leurs donneurs d’ordre,
  • les banques et assureurs les utiliseront pour tarifer le risque ESG et déployer leur bilan,
  • les investisseurs les intègreront dans leurs modèles de valorisation (la fameuse valeur terminale.)

L’avenir de la durabilité passera par ces standards : simplifiés, oui, mais surtout connectés.

Vers une comptabilité multicapitaux

La vraie révolution - portée notamment par Alexandre Rambaud et le modèle CARE -, c’est la comptabilité multicapitaux.

On ne mesure plus seulement le capital financier, mais aussi :

• le capital humain,

• le capital naturel,

• le capital social et relationnel,

• le capital organisationnel.

Une vision plus complète de la performance… et une meilleure gestion des risques.

Car une entreprise qui épuise ses ressources naturelles ou sa confiance sociale détruit sa propre valeur.

Mais soyons réalistes : il faudra sans doute une décennie pour que cette approche s’impose. En attendant, le nerf de la guerre reste l’argent, et il ira vers les projets et entreprises qui maîtrisent leurs risques dans un monde à +2°C.

L’ère des financements et de l’assurance verte

La prochaine frontière de l’ESG, ce sont les flux financiers. La vraie finance durable, enfin. On nous l’a promise via l’allocation de capital ; on a tous été déçus par le greenwashing, symbolisé par les coalitions “net zero”, aujourd’hui auto-dissoutes. Mais elle revient par la grande porte via les acteurs historiques : les vieilles dames que sont les banques et les compagnies d’assurances, et en qui je mets toute ma confiance au vu des discussions que j’ai en ce moment avec elles.

Ces institutions, souvent lentes, ont mis des années à bâtir leur gouvernance, leurs politiques d’investissement, leurs grilles de risque. Leur lenteur est notre chance : elles relient désormais les données de durabilité à leurs modèles de risque.

Un plan d’action ESG crédible permettra bientôt :

  • un taux de crédit bonifié (Greenium),
  • une meilleure couverture assurantielle,
  • un accès facilité aux dispositifs publics,
  • et une meilleure valorisation en data room.

Ce n’est plus de la communication : c’est de l’économie réelle.

Le rôle clé de la technologie et de la donnée

La technologie devient l’infrastructure invisible de la durabilité.

C’est d’ailleurs pour cela que j’y investis mon temps et mon énergie depuis des années :

de Manaos (avec BNP Paribas) à Dataland (avec EY), de Sustainable Open Data Platform (avec le groupe Doublemateriality.org à Harnest (avec Sabine, Fabien, Sophie, Ahmad), chaque projet vise le même objectif : rendre les données extra-financières interopérables, auditables et utiles.

Collecter, relier, tracer, vérifier, comparer : tout repose désormais sur la qualité des données.

Sans cela, les rapports ESG resteront de simples PDF décoratifs.

Des plateformes comme la notre (Harnest) émergent pour changer la donne : elles orchestrent, elles connectent référentiels, plans d’action, partenaires, auditeurs et financeurs. La durabilité devient une compétence basée sur un système d’information, bien au-delà des rapports stériles.

Et après les agences de rating ESG ?

Les agences de notation ESG ont eu leur utilité, mais leur modèle s’essouffle. Trop de divergences, trop d’opacité, trop peu de granularité. Elles continuent à gagner beaucoup d’argent grâce aux indices des ETF mais les nouvelles régulations européennes et britanniques actent la fin d’un cycle.

Les investisseurs le savent : en privé, tout le monde critique les MSCI de ce monde, mais personne n’ose s’en passer.

Je crois au contraire que l’avenir est à la notation distribuée : fondée sur des données partagées, vérifiées et contextualisées. Chaque entreprise pourra demain montrer ses preuves de bonne gestion plutôt que défendre son score.

De la hype à la maturité : une opportunité pour l’Europe

L’ESG entre dans son âge adulte. Ce n’est plus un sujet de communication, mais de gouvernance, de finance et de souveraineté économique. L’Europe a une carte unique à jouer : celle d’une régulation exigeante, d’une technologie souveraine, et d’une approche multicapitaux du progrès.

La fin de la hype marque le début d’une nouvelle ère : celle de la durabilité pilotée par la donnée (mais pas dans ESAP, j’aurai l’occasion d’y revenir).

Et maintenant ?

Chaque semaine, je poursuivrai cette exploration :

  • les risques ESG et la résilience des chaînes de valeur,
  • la finance verte et le Greenium,
  • la souveraineté des données de durabilité,
  • les infrastructures nécessaires.

Objectif : relier le financier et l’extra-financier pour construire des entreprises européenne prospères, durables et heureuses de contribuer à leur environnement.

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