De la RSE au pilotage : l’émergence du Directeur Extra-Financier
La remise en cause actuelle de la RSE ne signifie pas la fin des enjeux ESG. Elle marque au contraire un changement de statut : l’extra-financier quitte le registre du discours pour entrer dans celui du pilotage. Coûts, risques, assurabilité, réputation, robustesse… autant de sujets qui ne peuvent plus être traités à la marge et qui appellent une gouvernance structurée, portée par de nouveaux rôles et de nouvelles responsabilités.
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Quand la RSE ne suffit plus à embarquer
Une discussion récente met en lumière un malaise partagé par beaucoup d’entreprises : malgré des initiatives RSE visibles et bien intentionnées, la direction comme les équipes peinent à percevoir l’importance réelle des enjeux à traiter. Ce décalage n’est pas anecdotique. Il révèle une transformation plus profonde du rôle de l’ESG dans l’entreprise.
Les termes “RSE”, “durabilité” ou “développement durable” ont perdu de leur éclat. Non pas parce que les sujets auraient disparu, mais parce qu’ils ont souvent été cantonnés à un registre symbolique ou communicationnel.
Pourtant, les réalités qu’ils recouvrent sont plus que jamais d’actualité :
- sécurité et risques sociaux,
- conformité réglementaire,
- image et réputation,
- continuité d’activité,
- dialogue avec les parties prenantes.
Autant de sujets concrets, exposés, parfois coûteux, qui ne peuvent plus être traités à la marge.
L’extra-financier change de statut
Progressivement, l’extra-financier cesse d’être un simple prolongement de la RSE ou un exercice de reporting a posteriori.
Il devient un champ de pilotage à part entière.
Un champ dans lequel se prennent des décisions ayant des impacts directs sur :
- les coûts,
- les risques,
- l’assurabilité,
- la réputation,
- et, in fine, la valeur de l’entreprise.
L’ESG quitte alors le registre du discours pour entrer dans celui de la gouvernance.
Une responsabilité encore trop diffuse
Dans beaucoup d’organisations, l’extra-financier reste fragmenté. Il est réparti entre plusieurs fonctions : conformité, qualité, risques, assurance, RSE, communication.
Cette dispersion a un coût et les conséquences sont bien réelles :
- amendes évitées ou subies,
- coûts maîtrisés ou non,
- controverses contenues ou amplifiées,
- image protégée ou dégradée,
- dialogue facilité ou bloqué avec les financeurs, assureurs et partenaires.
Sans gouvernance claire, sans vision transverse, l’extra-financier peine à jouer pleinement son rôle.
L’extra-financier comme levier de robustesse et l'émergence du DEF
L’extra-financier agit directement sur la robustesse de l’entreprise.
C’est-à-dire sa capacité à :
- anticiper les risques,
- absorber les chocs,
- préserver sa réputation,
- sécuriser son financement,
- et assurer sa continuité et sa transmissibilité.
C’est dans ce contexte que certaines entreprises font évoluer leur organisation et voient émerger un nouveau rôle : Directeur ou Directrice Extra-Financière (DEF).
Ce titre traduit une volonté de professionnaliser la gestion de l’extra-financier et de faire du DEF le collègue naturel du DAF.
Là où le DAF pilote la performance financière, le DEF pilote la robustesse extra-financière : conformité, certifications, risques, assurance, qualité, sujets sociaux sensibles, durabilité, exposition aux controverses. Autant de sujets qui, mal anticipés, coûtent cher. Autant de sujets qui, bien pilotés, protègent et renforcent l’entreprise.
Quand l'essentiel se rappelle à nous
Ce rôle émerge parce que les entreprises n’ont plus le luxe de traiter ces sujets après coup dans un rapport annuel, ou dans une slide de communication.
Ils doivent être :
- analysés,
- arbitrés,
- budgétés,
- suivis,
- mesurés.
Comme n’importe quelle autre fonction stratégique.
Je n’ai pas de conclusion toute faite, seulement une conviction qui se renforce.
Tant que l’ESG sera abordé comme un sujet de communication ou de conformité, l’essentiel restera hors champ.
Or cet essentiel finit toujours par se rappeler à l’entreprise. Parfois de manière très concrète.
C’est souvent à ce moment-là que l’extra-financier cesse d’être un sujet périphérique pour devenir un sujet de direction.

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